mardi 21 novembre 2017

(MOOC) Violences faites aux femmes / la violence sexiste




Je continue de suivre ce MOOC (huitième semaine) consacré aux Violences Faites aux Femmes, autrement nommée « violence sexiste ».

C’est une violence conceptuelle qui contient toutes les violences réelles, celles qui font bien mal. C’est la violence qui sous-tend et permet toutes les autres, de la violence verbale à la violence sexuelle. Elle est quotidienne, sourde, présente depuis l’enfance. C’est le vrai monstre qui détruit les relations entre les hommes et les femmes. Le sexisme n’a pas de religion, mais tout à voir avec la domination, il n’y a que le mot qui soit nouveau. C’est le même joujou qui gigote en présence de racisme, de spécisme, d’esclavage, de prostitution, d’extractivisme et de toute forme de pensée qui place l’homme (et ses besoins) au-dessus de tout le reste, en dépit, même, de sa propre moralité. Le sexisme est une attitude discriminatoire basée sur le sexe, qui dénie l’égalité en droits des sexes (en commençant par n’en imposer que deux). Quoique la notion puisse concerner les hommes comme les femmes, en réalité, partout dans le monde, le sexisme est unilatéral : des hommes vers les femmes (ou de tout ce qui n’est pas assez clairement « un homme »). Ici, c’est le droit à l’intégrité physique et morale, à la parole, à la liberté d’action, à l’éducation et au respect de la personne, bref, les droits les plus élémentaires, qui sont déniés.



Les infos à retenir

Part des victimes de violences physiques selon l'âge

« En 2010 ou 2011, 2,2 millions de personnes de 18 à 75 ans ont subi des violences physiques ou sexuelles. Les hommes sont beaucoup moins souvent que les femmes victimes de viols et d’autres atteintes sexuelles. Les jeunes adultes et les parents de familles monoparentales sont plus exposés à toutes les formes de violences. Pour un homme sur deux victime de violence, l’auteur est un inconnu. À l’opposé, les trois quarts des femmes victimes de violence connaissent leur agresseur. Notamment, pour plus de 30 % d’entre elles, il s’agit du conjoint ou de l’ex-conjoint. Ces violences conjugales sont rarement suivies de plaintes, en particulier lorsqu’il s’agit d’agressions à caractère sexuel. »



Chiffres et études



- L’étude VIRAGE (INED, 2015)

- Les données nationales sur les violences faites aux femmes : intervention de Sophie Simon, chargée de projet à la Mission Interministérielle pour la Protection des Femmes victimes de violence et la lutte contre la traite des êtres humains.


- Les données internationales sur les violences faites aux femmes : intervention d’Aline Philibert, professeure associée et épidémiologiste à l’Université du Québec à Montréal.



Les femmes les plus vulnérables

Les petites filles et les adolescentes
- à l’échelle mondiale, elles sont concernées en premier lieu par les mutilations sexuelles, massivement subies au plus jeune âge ; elles sont aussi concernées par le crime de viol, l’inceste, le mariage forcé, les agressions sexuelles.
- l’agresseur compte sur l’autorité qu’il exerce sur l’enfant et l’obéissance de cellui-ci.
- les enfants ne sont que peu écouté.e.s, cru.e.s ou même encouragé.e.s à parler. De plus, ils et elles n’ont parfois pas les mots pour dire.
 - en France, 5% des femmes déclarent avoir subi des violences sexuelles au sein de la famille ou du couple. Les filles ayant subi des viols et des agressions sexuelles sont ensuite 2 à 3 fois plus exposées aux violences conjugales à l’âge adulte.

Les jeunes femmes
- les femmes de 20 à 34 ans sont le plus exposées aux violences sexistes en général : 5% d’entre elles ont subi une agression sexuelle, un viol ou une tentative de viol dans l’année écoulée.
- elles sont particulièrement soumises au harcèlement de rue, au slutshaming.

Les femmes enceintes
- voir l’article consacré à la violence conjugale.

Les femmes migrantes
- le danger est élevé à toutes les étapes du voyage : dans le pays de départ (généralement en guerre), pendant le voyage (passeurs, autres réfugiés) puis à l’arrivée (hébergeants, policiers).
- elles sont particulièrement exposée à la prostitution et aux agressions sexuelles.
- l’absence d’hygiène et de soins aggrave considérablement les conséquences physiques de ces violences (infections, grossesses, plaies et blessures).
- son absence de statut protecteur, sa méconnaissance de la langue et des usages la condamnent au silence.

Les femmes prostituées
- les femmes et les filles représentent 70% des humains victimes de la traite.
- la traite des femmes est basée sur l’exploitation des plus vulnérables : enfants, femmes fuyant les zones de guerre, extrême pauvreté.

Les femmes atteintes de handicap
- Écoute Violences Femmes Handicapées (gratuit, tous les lundis et jeudis matins) : 01.40.47.06.06
- Téléphone ALMA : 3977
- 4 femmes atteintes de handicap sur 5 sont victimes de violences. Ces violences sont : maltraitances physiques, sexuelles et psychologiques, privations alimentaires et médicamenteuses. Elles sont victimes de leurs conjoints, de leurs proches mais aussi des institutions qui sont censées les aider.
- la spécificité du handicap rend ces violences hors-normes : parce que ces femmes sont déjà ignorées par la société avant même d’être violentées, parce que le handicap peut en lui-même générer culpabilité et dévalorisation, terrain propice à la silenciation, parce que les lieux d’aide et de justice leurs sont difficilement accessibles.

Les femme âgées
- Téléphone ALMA : 3977
- les femmes de plus de 60 ans sont presque toujours exclues des enquêtes statistiques sur les violences faites aux femmes : ces violences sont particulièrement invisibles.
- situation encore plus inhabituelle et traumatique, due à la mauvaise condition physique.


On est toutes concernées parce que toutes précarisées, vulnérabilisées par le fait d’être des femmes, mais certaines le sont plus que d’autres. Dans tous les cas, le silence nous nuit. Pour amener une femme à parler de violences qu’elle subit ou a subi, il faut poser la question.


La question

- ça ne synonymise pas avec « torture » pour rien : on pressent que poser la question des violences à une femme qui en est peut-être victime est susceptible de faire surgir des émotions vives au sujet desquelles notre société fondée sur le tabou sexe/mort/pouvoir n’a pas de réponse facile. C’est une réalité : le traumatisme va resurgir et ce sera inconfortable pour tout le monde. Le travail du, de la thérapeute, de l’accompagnant.e est précisément d’aider la femme à gérer ce qui va sortir, à l’apprivoiser et à le soigner.

- poser la question directement permet de détecter 50% des victimes. 80% des médecins sensibilisés annoncent ne pas avoir eu de mal à la poser. 80% des femmes n’ont pas eu de mal à y répondre.

- les mots comptent, surtout au début : les femmes ne sont pas toujours certaines d’avoir été violées ou maltraitées, ce n’est pas toujours une évidence. En donnant un nom, vous définissez, or tout le monde n’a pas la même façon de définir ce qu’est une « violence » ou une « agression sexuelle ». Plus le thérapeute est descriptif, plus les réponses sont nettes. Par exemple, vous obtenez moins de réponses positives à « Avez-vous été violée ? » qu’à « A-t-on obtenu de vous un rapport sexuel que vous ne désiriez pas ? ». Plus de réponses à « Avez-vous été maltraitée, bousculée ? » qu'à « Avez-vous été victime de violences ? »

- La réponse du ou de la thérapeute qui écoute une femme violentée devrait être :
« Je vous crois. »
« Il n’a pas le droit, c’est la loi. »
« Je peux vous aider. »
« Vous n’êtes pas responsable des violences que vous subissez. »


ÉLÉMENTS SPÉCIFIQUES DE LA STRATÉGIE DES AUTEURS DE VIOLENCES SEXISTES 

(par le Collectif Féministe contre le Viol)
  
Quelle que soit la forme de violence exercée, on retrouve des caractéristiques semblables dans la stratégie mise en place par l’auteur de violence à l’encontre d’une femme.

* Choisir la victime

* Isoler la victime

* La dévaloriser, la chosifier 
Humilier, dénigrer, critiquer, moquer, insulter, affaiblir, avec la double conséquence : 
- Qu’elle ne répliquera plus 
- Qu’elle perdra l’estime d’elle-même

* Inverser la culpabilité 
Transférer la responsabilité de la violence à la victime 
Ne se reconnaître aucune responsabilité dans le passage à la violence elle a provoqué, elle souhaitait que je fasse ça, elle m’a énervé, 
Entretenir la confusion, l’embrouille : Attitudes contrastées alternant périodes d’accalmie annonciatrices de redoutables orages.

* Instaurer un climat de peur et d’insécurité 
Se présenter comme tout puissant 
User de menaces et en mettre quelques-unes en œuvre 
Représailles sur les proches.

* Agir en mettant en place les moyens d’assurer son impunité 
Recruter des alliés, organiser une coalition contre les faibles 
Prévoir d’impliquer la victime potentielle dans le déroulement des faits lui offrir quelque chose, lui demander de l’aide, lui fournir de l’aide… 
Verrouiller le secret.

Les décisions relatives à l’intervention sont facilitées lorsque l’analyse des faits met en évidence que plusieurs, ou toutes, ces caractéristiques sont présentes dans une situation : il s’agit bien d’actes volontaires qui portent atteinte à la personne. L’intervention qui suivra ne peut que se fonder sur la loi qui protège les victimes et sanctionne les auteurs.



dimanche 19 novembre 2017

Silence ! (2)


You have stolen my silence,
Gehard Demetz



Alors, toi, qu’est-ce que tu tais ? Mais surtout, pourquoi ?


Pour le savoir, parce que vraiment ça me grattait, j’ai cherché toutes les situations on l’on se tait. J’ai peut-être pas tout trouvé, mais j’en ai trouvé vachement ! J’ai voulu les ranger du coup.

Il y en avait des graves et des moins graves, il y en avait quelques-unes qui étaient spontanées et tout plein d’autres qui était plus ou moins obligées. Ça m’a fourni une grille de lecture autrement plus intéressante que bien / mal… Cela dit, c’est marrant, plus c’est obligé, plus ça a l’air douloureux… C’est logique en fait, puisque la notion d’obligation s’étend de la pure liberté jusqu’à la coercition et la contrainte physique : plus c’est forcé plus ça fait mal. Bref, j’ai trouvé différentes qualités de silences. Ainsi classées par degré d’obligation...


Affiche de Paul Colin (1939)
1) par obligation physique, cas à part que j'aurais aussi bien pu mettre en cinquième position
2) par envie spontanée
3) par respect des règles
4) par peur
5) par la coercition physique

... j’en distingue cinq sortes, à qui j’ai donné des noms évocateurs : les silences biologiques, les silences recueillis, les silences obligés, les silences troubles et les silences de mort.

C’est parti. La question était donc : POURQUOI SE TAIT-ON ?

samedi 18 novembre 2017

Silence ! (1)


Le silence de la tombe,
Julien Dillens, 1896 

Chut.

Écoute….

Tu entends ?

Tu entends ce silence ?

T’es toi quand tu parles.


En me lançant dans ce cours, je savais que j’apprendrais des choses. En revanche je ne pensais pas en apprendre autant sur moi. Mon inscription n’avait certainement pas rien à voir avec le fait que j’ai moi-même été victime de violences, je m’attendais à ce qu’il résonne avec ma propre expérience. Mais ça a été plus loin que ça. Il m’a expliqué des choses que je n’avais pas forcément intégrées ou comprises ; il m’a permis d’avoir une vision plus haute et plus globale de la situation (« Nous sommes légion », expression qui nous sera bien utile demain) ; enfin, j’ai trouvé un drôle de dynamisme : un mouvement qui consiste à me voir prise dans un système qui me dépasse, ancien, millénaire et très puissant (je vis en patriarcat) et aussi comme une individu qui a une expérience particulière de ce système. De ma place de soumise normale, j’ai une vue singulière du rôle que je pourrais jouer… si je m’éveillais.

La métaphore du sommeil est commode : l’anesthésie émotionnelle, qui est une conséquence post-traumatique connue et reconnue, est un sommeil de la conscience qui assourdit la douleur. L’être endormi.e possède plusieurs caractéristiques qu’il partage avec la femme victime de violences et particulièrement la femme violée :

- immobilité
- passivité
- inconscience
- activité mentale intense
- position étendue
- silence

Ces caractéristiques, d’ailleurs, sont  semblables à celles d’un.e mort.e.

mercredi 8 novembre 2017

(MOOC) Violences faites aux femmes / les mutilations sexuelles féminines


 

Le MOOC aborde le sujet d'une violence spécifiquement subie par les femmes : les mutilations sexuelles.

Découper le clitoris d’une femme, ce n’est pas juste un acte extrêmement douloureux, c’est aussi compromettre gravement sa santé dans l’avenir, détruire sa sexualité (ne serait-ce même que son envie d’avoir un acte sexuel, et tu sais comment on appelle un acte sexuel sans envie, n’est-ce pas ? un devoir viol !) et augmenter considérablement les risques d’une mort en couches, pour la femme comme pour l’enfant à naître.

C’est une violence de genre et une atteinte grave à l’intégrité des femmes.



Les infos à retenir

- Plus de 130 millions de femmes sont mutilées sexuellement dans le monde. On comptabilise 2 à 3 millions de nouveaux cas par an. La plupart de ces femmes sont originaires d’Afrique subsaharienne ou d’Asie, les régions du monde les plus touchées par ce fléau.

- C’est une violence traditionnelle, intégrée dans les comportements pour des raisons (rite initiatique, hygiène et esthétiques sont indifféremment invoqués) qui n’ont en fait rien à voir avec sa finalité : interdire ou contraindre la sexualité de la femme dès sa puberté.

samedi 28 octobre 2017

There will be blood


Ce post philogyne suit le fil de mes cycles menstruels. C’est-à-dire que chaque mois, quand j’ai mes règles, je l’actualise en ajoutant des images, des liens, des textes ou des vidéos, les plus belles, les plus drôles ou les plus éloquentes sur le sujet. Si tu es d’humeur badine, tu peux t’amuser à calculer quand j’ovule.

Tu remarqueras que cette page est lourde et longue à ouvrir et qu’en plus, elle reste presque toujours sur la page d’accueil. Dis-toi que c’est métaphorique.

*28*10*17*

J’ai eu mes règles pour la première fois le 18 décembre 1997, d’après mon journal intime. Noël ! Noël ! Ma mère m’a emmenée au restaurant pour fêter ça. Je me souviens bien de son visage quand je lui ai annoncé, elle avait un grand sourire un peu gêné. Ce jour-là, c’était juste des tâches visqueuses au fond de ma culotte. J’avais 13 ans. Jusque-là, ma vie était juste un pur rêve de petite fille. J’ai plein de copines dont je collectionne les correspondances dans une grande boîte, j’ai 2 parents, 5 frères, 6 chats, 3 chiens, des poules et 2 poneys, je travaille bien à l’école et il fait beau tous les jours. Et sur ce, j’ai mes règles et on passe à l’année 1998. Quand je la regarde - j’ai tenu tout un tas de journaux à l’époque - je la trouve monstrueuse cette année. Je peux en faire un instantané grâce à la grosse boîte et aux journaux.